Sonia Zoran
Années de présence
Née à Vevey, Sonia Zoran a grandi à Lausanne. Elle apprend à marcher sur les quais, avant la découverte de la mer. Très tôt, elle plonge dans les livres, choisis dans les rayons pour les grands de la bibliothèque municipale. Après une licence en sciences politiques, elle devient journaliste, de la presse à la radio. Pour ses reportages, notamment la série « Éclats de Méditerranée », elle reçoit le Prix Dumur en 2015. Depuis, elle suit ses envies, films ou récits. La Fille de sel est son premier roman, paru aux Éditions de l’Aire. Il dit la découverte d’une île minuscule, Otok, un bateau de pierre, sur lequel les vents et les histoires se croisent. Une tentative d’ancrage, dans les vagues de la mémoire, saluée par le Prix Michel-Dentan 2026.
La Fille de sel (Édition de l’Aire)
La Fille de sel paraît être, d’abord, une chronique amusée sur les habitants d’Otok, une île de l’Adriatique que la narratrice visite. On découvre à travers son regard, comme dans un conte, leur quotidien et leur humour, les gestes et les pratiques qui perdurent sur l’île, les exils et les langues qui s’y mélangent, les particularités de la vie insulaire et les vestiges du communisme qui s’y achoppent.
Mais au-delà de cette observation quasi documentaire, le séjour sur l’île est aussi exploration de soi, questionnement identitaire et récit de filiation. Les vagues qui battent les berges d’Otok charrient les souvenirs de la narratrice et semblent scander le nom de son père mourant. Celui-ci, immigré d’ex-Yougoslavie au caractère lunatique et au mal-être palpable, a subi la guerre sur sa terre d’origine, puis le racisme ordinaire de son pays d’accueil ; étranger où qu’il soit, il portait la croix des apatrides, le fardeau de ceux qu’une altérité fondamentale accable.
Sonia Zoran investit dans La Fille de sel, son premier roman, ce flottement identitaire qui a été son héritage, pour composer un récit d’une grande poésie. À la rencontre de l’Histoire, des langages, des paysages mais surtout des autres, elle accède au sentiment océanique qu’elle poursuit depuis l’enfance – et sait le transmettre à qui la lit.